La 6e activité d’apprentissage entre pairs s’est tenue dans le cadre du projet SIRIUS 3.0, cofinancé par l’Union européenne. Elle a réuni chercheur.es, praticien.nes et représentant.es de politiques publiques autour de trois pratiques clés d’éducation inclusive multilingue dans la région de Montpellier.
migrants dans le département de l'Hérault (2022)
enfants migrants à Montpellier (2020)
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des nouveaux arrivants scolarisés en UPE2A
nouvelles places créées par le département en 2025
Montpellier n’est pas une ville ordinaire pour aborder la question de l’éducation et de la migration. Ville universitaire depuis le Moyen Âge, berceau de la première faculté de médecine d’Europe où des savants arabes partageaient leurs connaissances avec l’Occident, elle porte dans son ADN une culture du brassage et de l’échange. En 2022, le département de l’Hérault comptait environ 140 000 résidents étrangers, dont les trois premières communautés étaient marocaine, espagnole et algérienne. Dans ce contexte, l’Université Paul-Valéry et ses partenaires ont développé une approche originale qui lie recherche académique, société civile et pratiques scolaires autour d’un concept central : le territoire apprenant.
C’est dans ce cadre que la 6e activité d’apprentissage entre pairs (PLA) du projet SIRIUS 3.0 s’est déroulée les 10, 11 et 12 mai 2026, réunissant des pairs venus de Slovénie, de Grèce et des Pays-Bas, aux côtés de représentants du réseau SIRIUS et de l’Association européenne des parents.
Un territoire qui apprend ensemble
Au cœur de la démarche montpelliéraine se trouve une conviction portée par Nathalie Auger, professeure à l’Université Paul-Valéry et chercheuse en sociolinguistique et didactique des langues : l’inclusion des élèves allophones ne peut reposer sur la seule institution scolaire. Elle requiert la mobilisation de l’ensemble des espaces de vie — famille, associations, bibliothèques, musées, équipements sportifs — dans ce que les acteurs locaux appellent un « territoire apprenant ».
Pratique 1 · L’association Entre & Avec et le projet CARTE
Implantée dans un quartier prioritaire de Montpellier longtemps privé de transports en commun et d’accès aux services essentiels, l’association Entre & Avec promeut ce qu’elle nomme une « hospitalité linguistique ». Ses ateliers de français — fréquentés majoritairement par des femmes issues de l’immigration — ne se limitent pas à l’apprentissage linguistique : ils en font un vecteur d’émancipation, de création artistique et de réappropriation de l’espace public.
Naraina de Melo Martins Kuyumian, docteure en linguistique et cofondatrice, et Donaliean Tran Mugnier, coordinatrice générale, ont présenté le projet phare de l’association : CARTES (Cartographies Artistiques et Résonances Territoriales pour l’Éducation Langagière). Conduit en partenariat avec l’Université Paul-Valéry et le laboratoire de géographie LAGAM, ce projet explore les interactions entre art, langue et espace urbain. L’une de ses réalisations est la revitalisation de la place centrale du quartier, co-conçue avec les habitant·e·s.
Ce qui distingue cette approche est son ancrage théorique assumé dans les sciences humaines : les fondatrices s’appuient sur l’œuvre du sociologue Marcel Mauss (Le Don) pour penser les relations entre participants non comme un rapport prestataire/bénéficiaire, mais comme un échange réciproque. L’inauguration de l’exposition CARTE à l’Université Paul-Valéry, en présence du recteur, symbolisait cette articulation réussie entre monde académique, société civile et habitants.
Pratique 2 · L’École Primaire Arago de Sète
La visite à l’École Primaire Arago, dans la ville voisine de Sète, a été l’une des expériences les plus saisissantes de la PLA. Dans la classe de Florence Guiraud, des élèves de CE2-CM1 et des élèves allophones nouvellement arrivés travaillaient ensemble sur Le Crayon magique de Malala, livre traduit grâce au soutien du projet SIRIUS. Les élèves allophones étaient invités à présenter leur pays d’origine en français devant leurs camarades — un dispositif qui valorise simultanément la langue de scolarisation et les identités culturelles.
Pour les observateurs non francophones présents, l’expérience d’assister à un cours sans en comprendre la langue a créé une empathie inattendue : « Nous nous sommes retrouvés dans la situation des élèves nouvellement arrivés », relèvent les auteurs du rapport.
La discussion qui a suivi avec les enseignants, la direction, un représentant du Programme de Réussite Éducative et des parents d’élèves a confirmé l’importance d’une approche globale. L’école est connectée à un réseau d’acteurs — bibliothèques municipales, associations sportives et culturelles, familles — qui constitue ensemble le « territoire apprenant » dont parle Nathalie Auger. La visite a toutefois mis en lumière des fragilités : la représentation des parents migrants reste informelle, les enseignants spécialisés UPE2A interviennent sur plusieurs établissements avec des temps contraints, et la question de la protection des élèves réfugiés qui évoquent des expériences traumatiques reste insuffisamment encadrée.
Pratique 3 · La mission académique pour les enfants de familles gitanes
Nathalie Pepiot coordonne pour l’académie de Montpellier une mission dédiée à la scolarisation des enfants issus de communautés qui se désignent elles-mêmes sous des noms divers : Roma, Gitan, Gypsy, Sinti, Manouche, Calé… La présentation a d’emblée posé un principe : respecter les auto-dénominations locales plutôt que d’imposer le terme générique « Roma » employé par les institutions européennes.
Les défis sont considérables : absentéisme élevé, notamment au collège, méfiance réciproque entre école et familles, retards scolaires fréquents. Mais la mission a développé des leviers concrets : visites à domicile, enseignants médiateurs, partenariats avec des associations culturelles gitanes, et surtout une pédagogie plurilingue qui transforme la contrainte linguistique en ressource.
